Florilettres

Entretien avec Marie Desplechin. Propos recueillis par Nathalie Jungerman

édition février 2020

édition février 2020
Entretiens

Marie Desplechin est née à Roubaix en 1959. Elle a fait des études de lettres et de journalisme. Dans ses romans pour la jeunesse, elle explore différentes veines littéraires, le roman historique avec Satin grenadine et Séraphine dont les thèmes principaux sont le XIXe et l’émancipation des femmes ; le roman à plusieurs voix où se côtoient fantastique et réalité contemporaine avec Verte et Pome ; les récits sur l’adolescence d’aujourd’hui dont notamment Le journal d’Aurore ; le fantastique et l’étrange avec Le monde de Joseph et Elie et Sam. Pour les adultes, elle a publié un recueil de nouvelles, Trop sensibles, des romans, Sans moi, Dragons, La Vie sauve écrit avec Lydie Violet (prix Médicis 2005) et Danbé avec Aya Cissoko, entre autres. Elle travaille régulièrement comme journaliste pour différents magazines et participe à l’écriture de scénarios de films. Elle vit à Paris.


La Fondation La Poste soutient la publication de la revue Dong ! Dans le numéro 5 de cette revue pour les collégiens, dont un dossier est consacré à l’environnement, au climat, vous écrivez une lettre ouverte à Greta Thunberg que vous défendez… Dans Ne change jamais ! Manifeste à l’usage des citoyens en herbe (L'école des Loisirs, oct. 2019), un extrait de son discours est mis en exergue. Cette lettre et votre dernier ouvrage témoignent de votre admiration pour cette jeune militante et de votre confiance à l’égard des enfants…

Marie Desplechin    Le changement climatique bouleverse le rapport entre les générations. Jusqu’à présent, les gens vieillissants quittaient leur vie en transmettant leur terre. Tout un symbole. La Terre était un futur dans lequel on pouvait espérer une amélioration. Ce qu’on transmettra désormais est un monde différent où les espèces animales auront disparu, la nourriture ne sera plus la même, les catastrophes climatiques seront autres… On lèguera une mer sans poisson, remplie de plastique. Quand on consulte les rapports scientifiques, c’est extrêmement inquiétant. Des amies qui revenaient de Bornéo en Indonésie m’ont raconté ce qu’elles ont vu pendant leur séjour : la déforestation, la destruction de la forêt primaire, les bateaux naviguant autour des couloirs de plastique… C’est ce que nous laissons aux générations futures. L’impact sur l’environnement existe depuis que l’Homme est présent sur la planète, mais son évolution était très lente. Il a pris de l’ampleur au cours des derniers siècles avec les révolutions industrielles et tout particulièrement ces dernières décennies, avec l’essor de la chimie et l’utilisation des pesticides. En l’espace d’une soixantaine d’années, c’est-à-dire d’une vie – de notre vie –, le phénomène est exponentiel. Que dire aux enfants ? Qui leur donner comme modèle ? Quand on pense à ces hommes très puissants, Trump, Bolsonao, Morrison (le premier ministre australien), ils ont des comportements infantiles dans le sens où ils sont esclaves de leurs pulsions : ils se laissent aller à la violence, à la cupidité, sans parler de leur propension à maltraiter les êtres différents (d’un autre genre, les femmes, les gens fragiles, ceux qui ont un handicap…). Le rapport à la transmission est donc questionné. Les différentes générations apprennent et découvrent ensemble, et chacune doit apporter à l’autre. En ce sens, les adultes : des connaissances, un certain nombre d’expériences du réel, l’accompagnement plus que l’injonction, et les enfants : leur capacité d’invention, de réaction, leur élan…
Les enfants – et les adolescents d’une manière différente – sont plus créatifs et surtout, ils ne sont pas enfermés dans des normes sociales. Un enfant pense qu’il peut changer les choses immédiatement. Et cette capacité à réagir est un encouragement. Les adultes vont se donner un délai de trente à quarante ans face à une situation catastrophique, en l’occurrence la pollution du plastique, alors qu’un enfant rétorquera : « Non, c’est tout de suite, parce que dans trente ans, ce sera trop tard ! » Le désir est là, c’est un élan vital, et ce sont des capacités qui se perdent à l’âge adulte. On a besoin de figures et Greta Thunberg répond à toutes ces questions. Elle est la personne qui met les générations face à leurs responsabilités. Elle sait beaucoup de choses car lorsque les adolescents veulent apprendre, ils peuvent le faire très vite.

Greta Thunberg est très critiquée…

M.D. Plus que des critiques, elle suscite de la haine. Une haine, symptomatique et spectaculaire, qui ne vient pas des jeunes mais de vieux mâles. Des personnalités comme Michel Onfray ou Pascal Bruckner ne critiquent pas ce qu’elle dit – puisqu’elle n’invente pas mais relaie le discours de ceux qui travaillent sur le sujet –, ils l’attaquent sur son physique, la traitent de cyborg, disent qu’elle met son handicap en avant, la menacent… C’est pathétique. On dit aussi qu’elle est manipulée. Même si son père travaille avec elle, je ne vois pas où est le problème. Les personnes qui la critiquent sont les mêmes qui célèbrent Rimbaud, merveilleux poète à 16 ans, ou Guy Moquet, militant communiste de 17 ans, fusillé en 1941, ou encore Sophie Scholl et son frère, étudiants, tous deux membres de la Rose blanche (groupe de résistants allemands) et guillotinés en 1943… Ils ont tous à peu près le même âge. Greta Thunberg catalyse ces remarques plus que désobligeantes, haineuses, parce qu’elle dit la vérité. Pour des gens qui ne peuvent concevoir que tout ce qui les a rassurés est mort – le monde dans lequel ils ont vécu, la notoriété qu’ils espèrent après leur décès –, c’est insupportable. La haine vient de la conscience de leur propre finitude et de l’inconséquence de ce qu’ils ont fait. Le changement climatique menace directement les civilisations. Il va faire exploser les sociétés. Je pense que c’est ce qui leur fait peur, je le comprends, mais c’est dommage qu’ils réfléchissent comme Donald Trump plutôt que comme le sociologue et philosophe des sciences, Bruno Latour.

Dans les années 1970, certains parlaient déjà de la dégradation de l’écosystème mais ils n’étaient pas écoutés…

M.D. Depuis des décennies, nous savons très précisément que l’environnement est menacé. Dans les années 1970, René Dumont, candidat à la Présidentielle, était l’un des premiers porte-paroles de la politique écologique. Quelques années auparavant, en 1962, la biologiste américaine, Rachel Carson, publiait un ouvrage intitulé Le Printemps silencieux, qui traitait des effets négatifs des pesticides sur l’environnement, et plus particulièrement sur les oiseaux dont elle avertissait la disparition. Il y en a de moins en moins aujourd’hui. À partir des années 1980, c’est le retour des idéologies capitalistes, la financiarisation imposée, des cupidités qui s’appuient sur un socle idéologique édifié dès 1930. Les écoles libertariennes et très réactionnaires qui viennent en bonne partie des États-Unis gagnent la partie. Il n’y en a plus que pour l’argent et la consommation absolument frénétique que le développement de la technologie intensifie. Des gens en tirent un énorme profit, ils ont effectivement intérêt à penser que c’est très bien ainsi et que cela ne menace personne. Un autre phénomène est assez inquiétant : la remontée très forte des religions. Tout le monde parle de l’Islam mais les Évangélistes font très peur. Les trois personnalités puissantes dont on parlait sont des Évangélistes : Bolsonaro qui est en train de tuer l’Amazonie, Trump et toute sa clientèle (une grande partie de sa politique est dictée par l’Évangélisme) et le Premier ministre australien. On est donc sorti des critères de la raison. Avec des arguments comme quoi « Dieu pourvoit à tout » ou « envoie des épreuves », plus personne ne fait rien. J’en ai parlé dans des classes, avec des enfants de milieux très religieux qui vont à l’école coranique. Ils m’ont répondu la même chose, que Dieu envoyait des épreuves, et que l’homme n’y pouvait rien.

Comment en êtes-vous venue à écrire pour la revue Dong ! ?

M.D. Je connais bien Raphaële Botte qui est journaliste pour la presse Jeunesse et rédactrice en chef de la revue Dong !. Nous sommes ensemble au jury du Prix Vendredi. Il faut dire aussi que la plupart d’entre nous se retrouvent sur les salons, à Montreuil notamment. Le milieu de la littérature Jeunesse est particulier par rapport aux autres : il crée des relations très sympathiques parce qu’il y a toujours des enfants entre nous. Je vais désormais écrire pour la revue, chaque trimestre.

Dans ce numéro, vous choisissez la forme épistolaire… Est-ce que vous avez carte blanche quant au sujet et à la forme de vos chroniques pour Dong ! ?

M.D. Je pense continuer à utiliser la lettre. Elle est idéale car elle permet de tout faire. Dans ce numéro, elle propose des contre-arguments que les adolescents peuvent partager :  Greta n’est pas une idole mais quelqu’un qui porte un message, son jeune âge est un moyen de l’attaquer mais si elle était plus âgée, on lui tomberait dessus pour une autre raison...
Le sujet que je choisis n’a pas de lien avec le dossier principal du numéro, il est complètement indépendant. J’écoute les actualités et me dis que telle ou telle information pourrait figurer dans la lettre, comme par exemple, Billie Eilish qui a raflé, en janvier dernier aux Grammy Awards, le prix de l’« enregistrement de l’année » et celui de l’« album de l’année »… Elle est très jeune, talentueuse, fragile et elle a un côté Greta Thunberg. Chaque lettre s’adressera à Greta (et à tout lecteur à peu près du même âge incarné par l’emploi de la deuxième personne du singulier). J’aborderai son combat sous un angle différent. Quant aux réflexions, elles proviendront de ce que j’aurai pu glaner dans les trois mois, permettant d’éclairer ce qui se pense et d’attirer l’attention sur un point ou un autre.

Que pensez-vous de cette revue qui aborde des sujets concrets, propose des reportages, fait participer des adolescents qui échangent par courriel sur l’actualité, leur vie quotidienne…, vous qui êtes également journaliste ? 

M.D. Je trouve cette revue très intéressante, à la fois exigeante, agréable et accessible. J’aime la place réservée à l’image. C’est un très bon travail. Il faudrait que les médiathèques et les bibliothèques l’accompagnent davantage. De nombreux articles peuvent être utilisés par les enseignants dans les classes. Ces lectures doivent être partagées à l’école, débattues, surtout pour les enfants dont les parents ne pourront la leur procurer. 

Chaque chapitre de Ne change jamais présente un « Zoom » avec des exemples et des chiffres précis. Quels documents avez-vous consulté ?

M.D. Je lis la presse en étant extrêmement attentive. Quand quelque chose m’intéresse, je cherche des compléments d’informations, sur des sites d’ONG par exemple. Sur le site de France Culture, j’ai trouvé des citations de Socrate et d’Hésiode qui m’ont amusée et que j’ai insérées dans le livre. Elles prouvent que les vieux, dans l’Antiquité, n’étaient pas plus aimables avec la jeunesse : « Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible », écrit Hésiode, 720 avant J.-C. Dans Ne change jamais !, il y a l’idée de valoriser un engagement de tous les jours, qui est difficile parce qu’il y a beaucoup de choses à faire, et un engagement politique, une vision générale. La transition écologique n’est pas un vain mot. Ce sont de véritables choix qui, à mon avis, sont payants. J’ai vu un documentaire sur une terre qui avait été complètement stérilisée. Des Californiens ont réussi à y bâtir une ferme avec des méthodes biologiques, une agriculture régénératrice, et ça marche. Enfin, tant qu’il n’y a pas d’incendies ! On peut y arriver mais ce sera menacé par un phénomène plus lourd. Il n’y a qu’à voir les feux qui ont eu lieu en Australie. Mais j’ai envie d’y croire. La première chose positive, je me jette dessus.

Vous racontez des actions positives justement, encourageantes. Par exemple, Kelvin Doo qui vit en Sierra Leone, dans un village alimenté par le réseau électrique seulement une fois par semaine, et qui a fabriqué, à 13 ans, avec du matériel usagé, une batterie, un générateur électrique puis une radio…

M.D. J’ai lu cette histoire il y a des années et elle m’a fascinée. Kelvin Doo a grandi, il est devenu ingénieur impliqué dans la recherche sur les énergies et le soutien aux jeunes du continent africain. Je suis allée une seule fois en Afrique subsaharienne, à Niamey (Niger), invitée par une école. J’ai pu constater, en me promenant au marché, que tout le monde travaillait à ce que rien ne soit perdu. Il y a tout un système de recyclage. Ce sont de nouvelles manières de penser. Il y a une telle compétence, une telle capacité humaine qu’il est bien de le dire aux jeunes. Il faut identifier ce qui est dangereux et ennemi, mais le désespoir est une mauvaise option. C’est l’idée que j’essaie de mettre en avant dans l’ouvrage. 

Pouvez-vous expliquer votre intérêt pour « l’écriture Jeunesse » ? Vous êtes un auteur emblématique pour les enfants mais vous avez aussi écrit pour les adultes…

M.D. Je préfère les enfants. Vous me donnez le choix entre passer l’après-midi avec une personne de mon âge que je ne connais pas ou un enfant de 10 ans que je ne connais pas davantage, je choisis l’enfant sans hésiter. J’ai beaucoup de tendresse, de curiosité, d’intérêt à faire des choses avec eux. On rit tout le temps. C’est assez beau quand on voit arriver chez un enfant le moment où il comprend le second degré, la mise à distance, l’antiphrase…
Quant au monde des livres pour adultes, il est farci de fausses valeurs, de compétition sociale, de lutte d’ego, de mensonges. Cela m’ennuie. Écrire pour les enfants, c’est tout l’inverse. Ce sont des lecteurs auxquels il faut penser, ce sera peut-être le premier livre qu’ils liront de leur vie. D’ailleurs, je n’arrête pas de rencontrer des gens, âgés de 30 ans ou plus, qui me disent combien ils affectionnent leur premier livre lu. La postérité ne m’intéresse pas du tout, mais être la personne qui a accompagné tel individu à une période constructive de sa vie me procure un sentiment de plénitude. Aussi, j’aime à la fois être drôle, simple et apporter des mots précis. Quand vous vous adressez à des enfants, écrire demande un soin particulier. On sait qu’une zone de plaisir s’allume à l’IRM fonctionnelle lorsqu’on apprend un mot nouveau. Il faut bien sûr ne pas en mettre trop dans une seule phrase car il n’y aurait plus de plaisir et vous deviendriez illisible. Cette recherche d’équilibre entre une langue à la fois fluide et suffisamment riche me plaît.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ?

M.D. D’abord, j’adore lire. Je lis certainement beaucoup plus que je n’écris. Ensuite, j’aime inventer des histoires, mais jamais oralement sur le mode de l’improvisation. Écrire est une incroyable remise en ordre du chaos à l’intérieur de soi. Je corrige énormément. J’ai du mal à m’arrêter parce que je sais que c’est toujours imparfait. Quoi qu’on fasse, on a beaucoup de repentirs.

À la lecture du monologue, dans Ne change jamais !, j’ai presque cru qu’il s’agissait du témoignage d’une jeune adolescente…

M.D. Je sais bien le faire ! Pendant que je travaillais à ce texte, j’intervenais aussi dans les classes et je lisais des passages aux élèves (du CM1 à la 3e). Ils m’ont fait comprendre que ça fonctionnait bien. Je fais attention aux tics de langage parce qu’ils vieillissent vite et démodent un texte. Comme me disent mes enfants quand j’utilise le mot « djeun » : « À partir du moment où toi, tu le dis, ça signifie qu’on ne peut plus s’en servir » !

Vous avez eu des retours d’adolescents sur ce livre ?

M.D. Oui. Il fonctionne sur les ados et les grands enfants, et il crée de très bonnes dynamiques quand il est partagé en famille. Même les adultes apprennent beaucoup dans ce livre.
Un petit garçon de 6e me disait qu’il ne s’habille plus qu’en seconde main. Un autre, qui est encore à l’école primaire, m’apprend que sa famille a renoncé aux bouteilles en plastique… L’idée de pouvoir agir sur le monde est géniale quand on se rend compte qu’on est le maître de son comportement. Une dame m’a écrit également que c’était formidable, qu’elle l’avait lu avec ses deux garçons mais qu’elle trouve dommage que le monologue soit une voix féminine. Je vais lui répondre que j’aurais aimé ne pas donner de genre car ce « je » appartient autant à un garçon qu’à une fille. Comme j’ai beaucoup d’héroïnes parce que ça me vient naturellement, j’ai laissé le genre féminin en me disant que tout le monde s’identifierait puisqu’elle représente l’ado, de façon neutre. Si ce n’est que le changement culturel n’est pas complètement accompli : le garçon est universel et la fille ne l’est pas.  

Est-ce votre rapport à l’écologie, le fait d’être impliquée au quotidien qui vous a amenée à écrire un livre sur la question, ou est-ce d’abord la citoyenne qui a été choquée et a apporté sa pierre à l’édifice en tant qu’écrivaine, parce que sa parole compte ?

M.D. Les deux. Adolescente dans les années 1970, j’étais très militante. Je n’ai jamais perdu ma curiosité pour le monde à l’âge adulte, mais absorbée par le travail et le quotidien, j’ai été moins impliquée. Puis, il y a un moment où l’on se réveille… Avant le début de la COP 21, la Maison des écrivains et de la littérature avait demandé à trente auteurs d’écrire un texte sur la crise climatique et écologique. J’ai accepté et choisi d’écrire pour les enfants. Ces textes ont donné lieu à un recueil (paru aux éditions Arthaud en 2015 sous le titre, Du souffle dans les mots. Parlement sensible - Trente écrivains s’engagent pour le climat) et à de petites lectures à l’Assemblée nationale et sur France Culture. À cette occasion, je me suis beaucoup documentée, j’ai lu Naomi Klein, Jeremy Rifki, une grande quantité d’ouvrages. Ces informations assimilées en bloc ont provoqué chez moi une montée d’angoisse. Je ne dormais plus. Je me réveillais à 4 h du matin, de peur et de colère. C’est arrivé à de nombreuses personnes. Quand vous réalisez vraiment, vous êtes sidéré. J’ai entamé le travail de résilience et j’ai souhaité faire autre chose de ce texte qui se fonde sur le raisonnement de Naomi Klein. Il n’est pas mal, mais il est assez anxiogène. Ne change jamais ! correspond à ce que j’ai envie de dire à un enfant car son premier élan est celui du recyclage. Le bon comportement vient de l’enfance.

Vous faites partie – avec Raphaële Botte, rédactrice en chef de Dong ! – du jury du Prix Vendredi que la Fondation La Poste soutient. Il s’agit du premier prix national de littérature adolescente, créé en 2016 pour valoriser le dynamisme et la qualité de création de la littérature jeunesse contemporaine. Cet automne 2019, le prix a été attribué à Flore Vesco pour son livre L’Estrange Malaventure de Mirella. Quels sont les critères de distinction ? Que pensez-vous d’un tel prix ?

M.D. Jusqu’à présent, chaque maison d’édition nous adressait deux titres parmi leurs nouveautés, ce qui représente une soixantaine de livres à lire durant l’été. Bien que ce ne soit qu’une partie de ce qui est publié en littérature Jeunesse, c’est déjà énorme. Il faut faire un premier tri. C’est assez compliqué. Peut-être agirons-nous autrement désormais : pour éviter de recevoir d’un seul coup le choix des éditeurs, nous pourrions, par exemple, imaginer un travail de veille tout au long de l’année. Car la production en littérature Jeunesse est conséquente et même s’il y a des livres très intéressants, peu d’entre eux se distinguent réellement. Nous sommes notamment sensibles aux thèmes en lien avec l’actualité ou les questions qui traversent la société. Comme tous les membres du jury sont très vigilants et suivent de près ce qui se publie, cela nous permettrait de repérer petit à petit les titres susceptibles de faire partie de la sélection plutôt que de tout réceptionner en bloc et procéder à des choix en très peu de temps. En tout cas, être partie prenante de ce jury est passionnant car chacun est différent. Et bien que nous ne soyons pas toujours d’accord avec les titres défendus par les uns et les autres, les rapports sont courtois, respectueux, amusés et les discussions intéressantes. Le plus difficile finalement est de ne choisir qu’un seul titre. Cela nous fend le cœur de voir des textes que nous aimons ne pas être récompensés. Je me souviens que, lors de la première édition, le livre de Cathy Ytak n’a pas été primé alors que nous l’avions tous adoré. Je le regrette encore aujourd’hui. C’est l’injustice des prix. Ils servent le livre primé en créant du désir et en remettant la machine de la lecture en marche. Ça, c’est très positif. Ce qui l’est moins, c’est pour tous ces livres qui auraient mérité un prix et qui ne l’ont pas obtenu. C’est malheureusement imparfait…

Pour le prix 2019, vous avez récompensé trois livres…

M.D. Oui, car chaque année, nous avons des remords. En 2019, si Flore Vesco a obtenu le prix Vendredi, nous avons en effet attribué deux mentions, à Jo Witek et à Thibault Vermot. Depuis le début, nous étions tous unanimes vis à vis de Flore Vesco. Son livre était irrésistible : il donnait des images que je n’avais jamais vues. Mais il y avait d’autres bons livres et même s’ils faisaient moins l’unanimité que le sien, ils étaient écrits par des auteurs que nous avions envie de distinguer parce qu’ils travaillent depuis des années et font quelque chose de très cohérent.


Sites Internet

La revue Dong !
http://www.dong-la-revue.fr/

L’école des loisirs
https://www.ecoledesloisirs.fr/livre/ne-change-jamais

Prix Vendredi
https://www.prixvendredi.fr/