FloriLettres

Édito octobre 2026. Par Nathalie Jungerman

Marie Cassatt – Durand-Ruel. Correspondance 1891-1926

Édito

« Ce que je veux, moi, c’est la liberté de travailler », Mary Cassatt à Paul Durand-Ruel, été 1894.

Une grande exposition intitulée « Mary Cassatt. L’indépendante », qui se tient au musée d’Orsay jusqu’au 31 janvier 2027, commémore le centenaire de la disparition de l’artiste américaine, née en 1844 à Allegheny City (Pennsylvanie) et installée en France à partir des années 1870. À cette occasion, les éditions Flammarion, avec le soutien de la Fondation La Poste, ont publié sa correspondance avec Paul Durand-Ruel (1831-1922) et ses fils. L’ouvrage comprend un corpus de lettres en grande majorité inédites, un précieux appareil critique, des annexes, un index et des illustrations : fac-similés de certains courriers et reproductions de quelques photographies en noir et blanc des tableaux passés par la galerie Durand-Ruel. Cette édition est établie, présentée et annotée par les descendants du marchand d’art : Caroline Durand-Ruel Godfroy, Paul-Louis Durand-Ruel et Flavie Durand-Ruel Mouraux qui assurent l’exploitation et la diffusion des archives Durand-Ruel. Joseph et Georges, les deux frères qui dirigeaient à tour de rôle la galerie de Paris et celle de New York, s’écrivaient presque tous les jours. Des extraits de leurs échanges enrichissent le corpus. Les passages retenus concernent les affaires de la galerie, mais aussi Mary Cassatt, ses œuvres ou ses activités de conseillère artistique, offrant parfois, avec humour et affection, des commentaires sur sa personnalité et ses comportements.
Amie d’Edgar Degas et « membre actif du groupe impressionniste », Mary Cassatt n’était pas seulement peintre, pastelliste et graveuse. Elle « s’est battue pour l’acceptation des impressionnistes » et pour faire entrer les œuvres des maîtres anciens dans les musées de son pays d’origine. Cette correspondance entretenue pendant 35 ans, jusqu’au décès de Mary Cassatt le 14 juin 1926 (Claude Monet disparaît en décembre de la même année), témoigne du rôle essentiel d’intermédiaire qu’elle a joué auprès de
collectionneurs américains, de sa collaboration et de son amitié avec Paul Durand-Ruel et ses fils. La lecture de ces lettres est passionnante, vivante, et instructive quant au marché de l’art, à la circulation des œuvres, à la détermination de Mary Cassatt.

Une autre correspondance particulièrement intéressante, en librairie ce mois-ci et publiée également avec le concours de la Fondation la Poste, est celle du peintre, poète et grand épistolier Gaston Chaissac (1910-1964). Il s’agit d’un volume illustré de 1163 pages, édité par l’Atelier Contemporain, intitulé Mon sans-gêne d’épistolier notoire. 500 lettres choisies, présentées et annotées par Dominique Brunet. Cette anthologie, qui offre « une vision continue de l’activité littéraire et artistique » de Chaissac, fait l’objet d’un article de Gaëlle Obiégly dans ce numéro.