Florilettres

Lettres choisies - Nouveau Roman, Correspondance 1946-1999

édition juin-juillet 2021

édition juin-juillet 2021
Lettres et extraits choisis

Nouveau Roman, Correspondance 1946-1999
© Gallimard

 

ALAIN ROBBE-GRILLET À CLAUDE OLLIER

Bois-Boudran le 15 mai [1951] (on gèle !)

Mon toto,

Si je n’ai pas accompagné le Jean Cau d’une missive personnelle, depuis longtemps projetée, si j’ai préféré donner ma démission à l’IFAC, si je renonce à suivre ma sœur dans ce voyage qu’elle entreprend en Turquie, au Liban et ailleurs, si je ne lis presque plus, si je suis de plus en plus insupportable à ceux qui me fréquentent, si je n’écoute le 4ème Quatuor de Bartok que deux fois par mois, si j’ai abandonné l’étude de l’anglais (méthode à 6 000), si enfin je me vois obligé de repousser mon voyage à Demnate jusqu’au mois de novembre, tout cela c’est à cause des Gommes, mon idée fixe, ma joie, mon tourment, ma colique, ma migraine, en somme ce pour quoi je vis, et qui en fait me parasite absolument.
Ce qui ne me satisfait pas, ce n’est pas tant comme tu le supposes (j’ai à l’instant ta lettre du 10/5) les pages terminées que je t’avais promises, non celles-là contiennent quelques bonnes choses au milieu d’autres plus discutables, mais en somme je les ai voulues telles qu’elles sont (ou à peu près) ; ce qui m’ennuie c’est le reste que je n’ai pas encore écrit et qui, au train où je vais, risque de m’occuper beaucoup plus longtemps que je n’avais espéré. Je reçois de très nombreux encouragements, en particulier du nommé Georges Lambrichs (rédacteur en chef et directeur littéraire des éditions de Minuit) qui me comble de félicitations et de promesses — mais malheureusement celles-ci ne semblent pas se réaliser souvent ! Je crois quand même que paraîtra dans un très prochain numéro de Critique une note écrite à sa demande au sujet du Coup de barre où j’expose quelques idées qui me sont chères, concernant la littérature. Seulement Bataille a cru bon d’y supprimer un passage essentiel jugé irrespectueux envers l’intouchable mémoire du sacro-saint Raymond Roussel ; je ne sais pas encore au juste ce qu’il en restera. Le mot d’ordre demeure : « Dites pas de conneries ! »
Quant aux extraits du Régicide et 2 ou 3 courts textes acceptés en principe pour 84, ils risquent, s’ils voient jamais le jour, de ne le faire que dans de longs mois, vu les ennuis financiers qui empêchent la revue de paraître. Il promet aussi (Lambrichs) de publier un jour ou l’autre intégralement Le Régicide et se montre aimablement très emballé par le début des Gommes à lui soumis. Tout cela évidemment ne lui coûte pas très cher. Si tu veux m’envoyer des textes (courts ou longs) de toi pour les soumettre pareillement à son appréciation généralement flatteuse et à sa très hypothétique publication, la chose est très aisée, tu as là, en tout cas, l’occasion de te faire connaître dans un groupe s’intéressant sincèrement à la littérature, ce qui peut t’être précieux si tu comptes un jour ou l’autre t’y consacrer un peu plus que ton métier ne te permet actuellement (et tu ne te permettras jamais probablement).
Tu dois savoir que Nanette a donné sa démission à la SOFCA pour la fin du mois de mai. Donc me voilà sans-logis.
Je vais me refaire en Bretagne pour 3 ou 4 mois qui peut-être me suffiront pour venir à bout de mon truc. Et ensuite — quand ça sera fini — novembre ? (ou plus tard ?) je voudrais faire le tour de la Méditerranée avec toi si tu es encore disposé à me recevoir, un arrêt d’1 ou 2 mois (ou plus ?) chez toi à Demnate. N’aurais-tu pas par exemple 1 mois de vacances au printemps suivant pour revenir en France par l’Égypte, la Turquie et la Grèce ? Ça serait drôle de faire ça ensemble. En auto-stop à travers le désert de Libye !!!
Oui je rapporterai les 6 disques à moi confiés. As-tu peut-être une occasion de te les faire convoyer avant ? Ils sont toujours en bon état (à part les 2 spires du concerto qui étaient déjà sabotées quand JMG me l’a remis — et qui je crois — as-tu dit ? — ont été bousillées par toi). Dans les deux j’aime surtout les étonnants mouvements lents. À part ça j’ai : Debussy, Ravel, Stravinsky, Bach.
Amitiés réitérées,

Alain.
Réponse 30 rue Gassendi, Paris XIV.

 

CLAUDE OLLIER À ALAIN ROBBE-GRILLET

Casablanca 6‑6-55

Ma Vieille Branche,

Figure-toi que j’en étais au gruyère. J’écoutais platement à la radio locale la quotidienne et vespérale relation des grands événements. Tout d’un coup le spiqueur gâteux a sauté le bougre de la grève des flics au Pakistan les vaches à l’attribution foutre du Prix des Critiques merde à un nommé Robbe-Grillet nom de Dieu pour son roman Le Voyageur (qu’il dit, le con).
Mon premier réflexe a été d’avaler tout rond l’ultime parcelle de gruyère de mon dîner. Le second de téléphoner au gars Balleydier pour lui annoncer la nouvelle ; puis le troisième, m’étant rappelé qu’il n’avait pas le téléphone, de te dire instantanément par écrit que j’étais bougrement content.
Voilà. C’est fait. Un truc comme ça, ça s’arrose, même en Suisse. Aussi vais-je absorber derechef une substantielle quantité de cognac pour fêter l’événement.
C’est ton père qui doit crâner avec les collègues du bureau.
J’espère qu’on aura bientôt l’occasion de déconner en famille.
Très amicalement

Claude

 

CLAUDE OLLIER À NATHALIE SARRAUTE

Chicago, 10.1.60

Chère Nathalie,
Un petit mot pour vous remercier de m’avoir un jour indiqué l’existence de la collection James Joyce à la bibliothèque de l’Université de Buffalo. Sinon, personne ne m’en ayant parlé ici, je n’aurais jamais eu l’idée d’aller dans cette ville, d’ailleurs affreuse. Les États-Unis sont, culturellement, organisés d’une façon très bizarre : on s’ignore d’État à État ; de petits groupes entretiennent un semblant d’activité intellectuelle ici et là, mais il n’y a ni coordination ni centralisation. Ces efforts sont dispersés, pas absolument vains, mais perdus dans l’océan de la fausse culture officieuse (radio-TV-propagande). New-York ignore Boston, qui ignore Chicago, etc. Seule San-Francisco paraît entretenir des liens réguliers avec « la plus grande ville du monde », mais peut-être ces liens se limitent-ils à quelques voyages aériens de quelques spécialistes. J’ai eu l’occasion de rencontrer Nelson Algren, ici à Chicago, et ce n’est certainement pas lui qui peut contribuer à nuancer cette impression générale d’isolement, tout à fait tragique dans son cas particulier.
Dans le cadre « nouveau roman », je fais de mon mieux pour expliquer, commenter, dans la mesure de mes moyens et connaissances. Les étudiants sont attentifs, curieux de nouveauté ; leurs professeurs aussi, mais ces derniers sont tellement conditionnés par les normes du roman classique qu’il est bien difficile de les amener sur le terrain nouveau. Et ils ne paraissent pas toujours en avoir envie ; ils préfèrent s’exalter, se gargariser de « liberté », d’« humanisme » et d’idéalisme traditionnels. Presque toute la vie intellectuelle, ici, donne une pénible résonance d’inauthenticité. Seuls les noirs sont dans leur peau, leur sang, leur culture, et semblent savoir où ils vont.
Chicago est une ville passionnante, en pleine évolution.
J’espère avoir de vos nouvelles prochainement, et vous adresse, chère Nathalie, mon amical et respectueux souvenir.

Claude Ollier

Je serais très content que vous m’écriviez un petit mot. Mon adresse à San-Francisco est : c/o I.I.E. 291 Geary Street. San Francisco (California)

 

NATHALIE SARRAUTE À MICHEL BUTOR

le 22 février 1960

Cher Michel,

Je me sens très intimidée : vos articles réunis dans Répertoire confirment avec force l’impressionnante étendue de votre culture, l’originalité et la pénétration de vos jugements. Je sens que je vais vous paraître terriblement fruste en vous parlant de Degrés que je viens seulement de lire (interrompue par des jours mouvementés, passés en Belgique, et aussi en Suisse sous le patronage du charmant Jean Starobinski qui vous aime tant et avec qui nous avons souvent parlé de vous), mais tant pis, je vous dirai ce que j’ai très sincèrement éprouvé en le lisant. D’abord un grand étonnement, un dépaysement : cela ne ressemblait à rien de déjà vu ou seulement entrevu ou pressenti. Et puis, à mesure que j’avançais, l’extraordinaire dépouillement, la simplicité du style — extraordinaire quand on connaît la luxuriance à laquelle peuvent tout naturellement vous porter vos moyens — ce style uni, gris, d’une discrétion parfaite, sans la moindre coquetterie, sans la plus petite fioriture, admirablement adapté à ce qui est, je crois, votre propos, plonge le lecteur dans cette grisaille, cet amoncellement et cet effritement incessants, cette chute dans le vide contre laquelle nous ne cessons de mener une lutte sourde, obstinée et désespérée. Mais cette existence — la nôtre — à tout moment, des éclats — froids et durs — de diamants, des particules incandescentes venues d’autres lointains, la traversent… Je me suis toujours étonnée que cette vie-là ait été si totalement exclue de la littérature, que Sartre, par exemple, ait montré son Mathieu, professeur de philosophie, avec un cerveau nettoyé, passé à l’aspirateur, d’un vide surprenant, invraisemblable. C’est merveilleux que vous ayez donné à cette culture — la secondaire — qui s’intègre à nous de façon si complète et définitive, cette place unique, sans précédent, dans la littérature.
Peut-être n’est-ce pas cela que vous avez voulu nous montrer, pas ce que j’ai vu. Votre voix est si délicate et volontairement assourdie qu’elle laisse au lecteur une liberté de choix très grande entre tous les chemins qui s’ouvrent à lui. Peut-être me suis-je égarée. Cette direction est celle où m’a poussée ma vie — que j’ai retrouvée dans votre livre — mon enfance (vous vous souvenez comme, à ce propos, notre ami André Berne-Joffroy m’avait taquinée…). Sûrement d’autres lecteurs ont suivi des voies très différentes.
Maintenant vous êtes, je l’espère, heureux là-bas, ayant terminé ce dur travail et très loin de nos miasmes. Vous pourrez, j’en suis sûre, y mûrir dans un calme, un silence relatif, votre prochain livre. J’espère que vous n’avez pas été trop dépaysés et que les Américains se sont montrés tels qu’on les dit, hospitaliers et gentils. Je serais heureuse d’avoir de vos nouvelles.
Croyez, ainsi que Marie-Jo, à toute ma fidèle amitié. Baisers à Cécile.

Nathalie

 

NATHALIE SARRAUTE À CLAUDE SIMON

Paris, le 21 octobre 1960

Cher Claude Simon,

Je me dis que si j’attends pour vous Écrire de pouvoir exprimer comme je le voudrais ce que j’ai éprouvé en lisant La Route des Flandres, ma lettre sera terminée en même temps que paraîtra votre prochain roman. Je me contenterai donc de vous dire tout bêtement que j’ai lu le livre tout entier, comme le début, dans la joie. Jamais on n’aperçoit le moindre joint, tout vient d’une seule coulée, et si, à chaque instant, on est ébloui par des passages étonnants, ils se fondent dans le tout, animés d’un même souffle. C’est un organisme vivant. C’est cela, je crois, une œuvre d’art.
Je souhaite à ce livre tout ce qu’il est possible de lui souhaiter.
Croyez, je vous prie, à ma fidèle amitié,

Nathalie Sarraute

 

ALAIN ROBBE-GRILLET À NATHALIE SARRAUTE

Istanbul le 12 novembre [1960]

Chère Nathalie,

J’ai vu avec plaisir que vous aviez pu faire ces conférences scandinaves. Il le fallait ; et je savais bien que l’on serait prêt, de toute façon, à vous accueillir. Je suis curieux de savoir, maintenant, quel a été le comportement des autorités françaises de là-bas et de Knapp1 en particulier. Il m’avait écrit, avant votre passage, une lettre gentille et un peu gênée, où il tentait de m’expliquer les choses. Sans doute ne pouvait-il faire que ce qu’il a fait ? Mais ensuite ?
Pour moi cela se passe ici de façon analogue : je parlerai à Ankara devant les étudiants en lettres, et à Istanbul à l’Union des écrivains. Mais l’attaché culturel français à Ankara a été ouvertement très bien. En réalité ils n’ont reçu aucun ordre net, mais, comme cette affaire des 121 a fait pas mal de bruit dans leur milieu, certains préfèrent ne pas se mouiller.
Le pseudo nouveau-roman est ici aussi assez en vogue parmi les universitaires : il y a en particulier un groupe de professeurs (des Turcs) qui préparaient, quand je suis arrivé ici, un numéro entier de revue entièrement consacré à vous et à moi ! J’espère que les troubles intérieurs à la Faculté (dont vous avez dû entendre parler) ne vont pas retarder un projet si louable.
Je ne serai pas rentré pour le Médicis, et cette fois encore je voterai donc par correspondance. Je regrette seulement de ne pas connaître maintenant votre position, car je tiens beaucoup à notre alliance. Il me semble que Simon ferait cette année un lauréat parfait. Pour moi, en tout cas, je ne vois rien d’autre. Mais a t‑il vraiment des chances au Renaudot ? Vous devriez le demander clairement à Lindon et à Nadeau ; vous les connaissez assez bien l’un et l’autre pour que cette démarche soit toute normale ; car il faut évidemment lui laisser le Renaudot s’il doit vraiment l’avoir. Et dans le cas contraire je vote pour lui de tout cœur et à tous les tours. Mais vous avez peut-être, de votre côté, trouvé des chefs d’œuvre dans les romans arrivés après mon départ ?
À bientôt en tout cas, j’ai des tas de choses à vous raconter.

Très amicalement,

Alain RG

 

CLAUDE SIMON À ALAIN ROBBE-GRILLET

[Lettre dactylographiée et sans date, début 1961 ?]

Cher Alain et Directeur Littéraire,

On cause, on cause… et puis on se trouve tout à coup dans une situation en porte à faux, dont il importe pour le bien de tous de sortir au plus vite.
Comment ai-je pu avoir l’étourderie (moi, le Monsieur Jourdain du « Nouveau Roman » qui fais de la prose sans le savoir et place en exergue de ses bouquins d’aberrantes phrases de Pasternak ou de Malcolm de Chazal, etc.) de donner l’autre jour mon accord (sans doute l’occasion, l’herbe tendre — cela se passait à la campagne — et quelque diable aussi — en l’occurrence Jérôme qui me surestime — me poussant) lorsque notre Président Directeur Général m’a proposé de collaborer à ce fameux Dictionnaire ?
Pauvre de moi, qui n’ai ni théorie, ni d’autre préoccupation que de trouver (péniblement) le meilleur moyen d’exprimer (copier) mes émotions, sans plus (émotions toutes bêtes et toutes simples, comme la peine de perdre une vieille tante, ou le plaisir de regarder voler un oiseau, ou la trouille en entendant siffler des balles, ou la perplexité dans laquelle me plonge le suicide, ou retrouver une odeur, ou une couleur, et rien d’autre), et serais donc bien embarrassé de vous suivre dans des considérations de haute métaphysique comme par exemple la salvation du genre humain en le débarrassant de l’angoisse (moi qui suis typiquement un angoissé), ceci étant obtenu par la suppression du tragique, de la « récupération » (là, je vous suis, mais sans espoir de salut, simplement parce que je trouve que la récupération c’est con) et celle de l’anthropomorphisme (là je ne vous suis plus, parce que je n’arrive pas à voir la diabolique malfaisance d’icelui — ce qui ne veut pas dire que vous ayez tort là dessus : il se peut que plus tard (vous savez, je suis un peu « demeuré ») je comprenne, mais pour le moment non — alors pourquoi se faire violence ? J’écris pas pour m’emmerder : « Ne forçons point notre talent nous ne ferions rien (en français « faire » veut dire chier avec grâce, vous connaissez ? — et je vous signale même dans mon prochain bouquin un passage où des chevaux et des nuages font assaut de lenteur et de « majesté », ke sé, commondi, kelkchoz de particulièrman gratiné dan le janr (les Éditions de Minuit vont sûrement refuser un truc comme ça…)
Bref, si nous pouvions peut-être faire un petit bout de chemin ensemble en confrontant nos préoccupations esthétiques (et encore ! parce que des machins comme, par exemple, l’épaisseur, ou la minceur ou la transparence, ou l’obésité, ou la maigreur, ou etc. du personnage, c’est complètement en dehors de mes préoccupations — en un mot je ne crois pas qu’il y ait de lois en art, sinon pour être bénéfiquement transgressées), je ne vois pas trop où nous pourrions aller ensemble sur le terrain de l’éthique (ou si vous préférez de l’engagement, ou si vous préférez de la littérature « utile », ou si vous préférez du roman considéré comme moyen (délivrer l’humanité de son angoisse) et non comme fin) qui semble vous être chère.
Non que je me moque (ne croyez pas ça : vous auriez tort) de vos théories. Simplement ce ne sont pas les miennes (et pour cause puisque je n’en ai pas, avance en tâtonnant), ce qui n’empêche pas (il faut vous dire que je ne suis pas du genre hargneux — style : « Ceux qui ne pensent pas comme moi sont tous des cons et des salauds » — tolérant plutôt, même intéressé par tous ceux qui m’apportent quelque chose de différent, vous saisissez ?), ce qui donc ne m’empêche pas de les trouver (vos théories) passionnantes, ne serait-ce, comme vous le dites très bien vous-même, que parce qu’elles vous ont permis de faire des romans pour lesquels vous connaissez ma très vive admiration. Ce qui suffit amplement à les justifier (je veux dire : la réussite de vos bouquins justifie l’utilité de vos théories, pas mon admiration justifiant vos bouquins, bien sûr !).
Jérôme et vous avez beaucoup fait pour moi. Ce serait bien mal vous manifester ma reconnaissance, me semble-t‑il, que de m’immiscer dans une équipe accomplissant un travail tellement au-dessus de mes possibilités que, même avec la meilleure volonté du monde, ma participation équivaudrait comme vous dites (ou comme dit Jérôme — on ne saura jamais…) à un véritable sabotage.
Je crois donc que le plus raisonnable est que je continue à écrire mes petites histoires (c’est déjà pour moi tellement difficile et exige la totalité de mes faibles forces) que les éditions de Minuit publieront si elles ne les trouvent pas trop anthropophages — je veux dire anthropomorphes (ces mots savants, je m’y perds…)
J’espère que vous ne m’en voudrez pas de cette sage décision, en comprendrez les raisons, et même l’approuverez.

Bien amicalement à vous

 

MICHEL BUTOR À NATHALIE SARRAUTE

Berlin, le 2 juin 1964

Chère Nathalie Sarraute

Ainsi vous revenez des États-Unis1 ! Vous imaginez à quel point je suis curieux de connaître vos impressions. Où êtes-vous allée ? Qui avez-vous vu et quoi ? Je passerai quelques jours à Paris à la fin du mois, du 25 juin au 1er juillet ; mais vous serez sans doute déjà partie à la campagne. Si vous êtes là, et que vous ayez un instant de libre, je serais ravi de venir vous saluer où vous voulez. Je brûle de vous bombarder de questions.
Ici, c’est déjà l’été, les filles sont toutes brunes.
Amitiés de tous,

Michel Butor

 

CLAUDE MAURIAC À NATHALIE SARRAUTE

Lettre dactylographiée du 29 avril 80

Très chère Nathalie,

l’opération de mon second œil a retardé la lecture de votre beau livre, au point même que j’ose à peine vous écrire à son sujet. L’usage de la parole et du silence vous demeurez la seule à nous en découvrir les mystères, d’autant plus évidents que nous en avions tous l’expérience, mais sans savoir, nous, l’exprimer par ces paroles silencieuses et ces silences parlants.
Ne croyez jamais que j’oublie ce que nous vous devons — et que nous vous aimons.

Claude Mauriac

 

ROBERT PINGET À NATHALIE SARRAUTE

Paris 2.10.89

Chère Madame,

De retour, avant-hier, d’un bref séjour à New York (où j’ai souffert d’un lumbago !) je trouve votre beau livre sur ma table. Impossible de ne pas vous en remercier tout de suite tant cela me touche. Je sais déjà que je vais trouver dans cet écrit une foule de belles surprises telles que je les aime.
Avec toute mon amitié et ma reconnaissance,

Robert Pinget